Retour sur la soirée de lancement de la chaire Espace

La prestigieuse bibliothèque des Lettres de l’ENS a accueilli le lancement de la chaire Espace le 1er février dernier, événement que vous pouvez désormais visionner sur Savoirs ENS.

Pour visionner l’événement sur Savoirs ENS.

Sensibiliser un public large 

« Toute la chaîne de valeur du spatial français soutient cette chaire », a souligné Stéphane Israël, le président de la Fondation de l’ENS et Pdg d’Arianespace. 

Neuf organismes (ArianeGroup, Airbus, ThalèsAlenia Space, Safran Data Systems, Air Liquide, Sodern, Eutelsat, le CNES et GIFAS) ont coalisé leurs forces pour, selon Stéphanie Ruphy, professeure de philosophie des sciences à l’ENS et directrice scientifique de la chaire, « stimuler une recherche académique de haut niveau dans le domaine des sciences humaines et sociales avec le souci d’avoir un impact et d’être directement utiles aux décideurs ». 

L’espace est traditionnellement envisagé sous l’angle militaire et sous celui de la compétition industrielle. Or, il joue un rôle de plus en plus prépondérant dans notre quotidien (télécommunications, géolocalisation) dont nous ne sommes pas toujours conscients. L’originalité de cette chaire réside dans la conjugaison de trois ambitions :  développer une recherche pluridisciplinaire de pointe, sensibiliser un public large aux nouveaux défis sociétaux posés par les activités humaines dans l’espace et former de futurs chercheurs et décideurs. 

« Les questions de recherche que nous articulerons tireront leur pertinence d’un dialogue constant avec les acteurs concernés », a ajouté Stéphanie Ruphy, elle-même ingénieure en aéronautique et astrophysicienne de formation. « En dirigeant cette chaire, je renoue avec des amours de jeunesse », a-t-elle déclaré.  

Une approche pluridisciplinaire

La chaire s’intéressera à l’évolution des représentations de l’espace, ses usages pour mieux protéger notre planète des dangers du dérèglement climatique, mais aussi à la tension entre l’espace envisagé comme bien commun et l’espace comme enjeu de souveraineté. Une pluralité de sujets qui a été illustrée par la diversité des interventions durant la soirée. 

Plusieurs personnalités du monde spatial se sont succédées au micro. Athéna Coustenis, astronome au CNRS et à l’Observatoire de Paris, a évoqué l’habitabilité dans le système solaire. Laurent Bopp, directeur du département de géosciences de l’ENS, a mis l’accent sur l’importance de nos observations depuis l’espace pour mieux protéger la planète. Guillaume Schlumberger (ministère des Armées) a pointé les enjeux de la militarisation de l’espace, tandis que Lise Dubois, doctorante en science politique à l’Institut d’études de stratégie et de défense (IESD), s’est focalisée sur la politique spatiale allemande de 1982 à nos jours.  

L’Europe spatiale en quête d’identité

Après ces interventions, une table-ronde, modérée par Stéphanie Ruphy, a réuni Philippe Baptiste, président du CNES, Frédéric Parisot, délégué du Gifas et Jean Hubert Lenotte, directeur de la stratégie et des ressources à Eutelsat. 

Les participants ont esquissé leur vision de l’espace à l’échelle européenne. Selon Philippe Baptiste, l’ambition européenne en matière d’espace s’est surtout illustrée du point de vue des sciences (Service Copernicus dédié aux changements climatiques), mais il existe encore un « déficit sur les questions de défense et de sécurité et une compétition intra-européenne qui entraîne une fragmentation et l’affaiblissement d’un potentiel leadership européen ».

Il a ajouté qu’en France, le spatial représentait 70 000 emplois. « L’espace est donc à la fois un enjeu industriel, économique, mais également juridique et géopolitique ». 

Pour Frédéric Parisot, la guerre en Ukraine, les tensions entre les Etats-Unis et la Chine et l’impact sur nos vies du changement climatique ont rappelé l’importance et la diversité des usages du spatial sur Terre. 

« La chaire apportera une nouvelle perspective aux acteurs du secteur spatial pour construire un modèle européen de l’espace durable et responsable », a-t-il noté. 

Innovation ouverte

Jean-Hubert Lenotte, directeur de la stratégie et des ressources à Eutelsat a rappelé que «l’innovation ouverte, dans un monde qui change très vite, est crucial. Il faut aller chercher de plus petits projets, plus proches de la recherche. Nous apprécions de pouvoir rencontrer nos partenaires dans un autre cadre, réfléchir différemment, grâce au dialogue avec le monde académique ». 

En créant cette chaire en son sein, « L’École normale supérieure s’engage par la recherche dans les grands sujets du monde d’aujourd’hui », a dit Frédéric Worms, directeur de l’ENS. Sans être soumis aux aléas de l’actualité, L’ENS, « par sa souplesse et sa créativité, est là pour fournir un éclairage fouillé à tous les acteurs, grâce à une recherche d’excellence, reconnue dans le monde entier ». 

Voir les appels à candidatures (3 post-docs et 1 doctorant) pour la rentrée de septembre.  

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